CHAPITRE XVI
Aider le prince Beju ? Obi-Wan n’avait pas la moindre affection pour lui. Quelques instants plus tôt, le Prince lui aurait volontiers plongé sa lame dans le cœur.
Mais Viso avait raison. Beju avait perdu ses repères, perdu les hommes qu’il adorait. Son père était son héros. Giba avait pris sa place. Le Prince n’avait plus rien, plus personne en qui croire.
Obi-Wan s’accroupit non loin de lui.
– À la fin de sa vie, votre père a agi de façon honorable, prince Beju, dit-il. Il a confessé sa faute. Votre mère lui a pardonné car son repentir était sincère. Parfois, les regrets sont tout ce qu’il nous reste à offrir à ceux qu’on a blessés.
Beju passa ses bras autour de ses genoux en gardant la tête baissée.
– Selon mon entraînement Jedi, dès lors qu’on absorbe un coup, c’est qu’on commence à en guérir, continua-t-il. Maintenant, à vous de décider ce qui est mieux pour vous. Voulez-vous régner sur Gala en tant que Prince ?
Il n’escomptait pas de réponse. Pourtant, Beju leva la tête et posa sur Obi-Wan ses yeux rougis. Ses joues étaient striées de traces de larmes.
– Je ne sais plus ce que je veux, chuchota-t-il. Je ne sais plus rien.
– Vous êtes toujours Prince, remarqua Obi-Wan. Élan n’a aucune envie de gouverner. Jusqu’aux élections, vous êtes l’héritier légitime de la Reine. Donc, vous avez encore une chance de vous comporter en Prince. Vous avez le pouvoir de sauver votre mère et de faire arrêter Giba. Si le peuple vous refuse ses suffrages, vous laisserez derrière vous un gouvernement toujours en état et fort.
– Giba m’a assuré que les gens m’éliraient pour finir, dit le prince Beju d’une voix blanche. Il m’a dit qu’ils avaient beaucoup d’affection pour moi. Mais en marchant dans les rues de la ville, j’ai lu la vérité sur les visages de mes sujets et j’ai été incapable de l’accepter. Que puis-je faire à présent ? C’est aujourd’hui les élections.
– Vous pouvez encore empêcher Giba de nuire, dit fermement Obi-Wan. Tout ce qui lui importe, c’est de garder son pouvoir à n’importe quel prix. Si le peuple apprend que les élections sont truquées, il en résultera une guerre civile. Vous devez garantir le bon déroulement des élections.
Le prince Beju fronça les sourcils.
– Giba est trop intelligent pour dépendre de moi.
– Que voulez-vous dire ? fit Obi-Wan.
Beju haussa les épaules.
– Il doit certainement avoir un plan de secours. Peut-être a-t-il fait en sorte de gagner, quoi qu’il arrive…
Obi-Wan perdit courage. Toutes ces intrigues de palais ne cessaient de rebondir. Si seulement Qui-Gon était là !
C’est alors qu’ils entendirent des cris dans la rue, juste devant le palais. Obi-Wan se leva d’un bond et partit vers la Chambre du Conseil, Beju sur ses talons.
Tous deux se précipitèrent aux fenêtres. En contrebas, des centaines – des milliers, peut-être – de Galaciens descendaient des collines pour entrer dans Galu. Certains chevauchaient des swoops. Ils encadraient un bataillon de Gardes Royaux marchant au pas.
Une femme dont les cheveux argentés volaient au vent pilotait le swoop de tête. Qui-Gon la suivait. Les citadins se massaient dans les rues pour assister à ce spectacle inattendu.
– Quoi que puisse manigancer Giba, remarqua Obi-Wan, il a perdu la partie. Le peuple des collines se rend aux urnes.